Santé mentale: un ex-travailleur paramédical sonne l’alarme

9 janv. 2016, Acadie Nouvelle

Serge Brideau vient de remettre sa démission. Il ne quitte pas Les Hôtesses d’Hilaire, mais bien Ambulance NB, où il travaillait depuis plusieurs années. Il profite de sa sortie pour lancer le message que la santé mentale des travailleurs paramédicaux n’e

«Je suis convaincu à 100 % que j’ai travaillé avec des collègues et des amis qui sont post- traumatiques. (...) J’en connais des ambulanciers qui ne sont pas capables de dormir la nuit, qui ont des scènes d’horreur qui leur jouent dans la tête. C’est assez intense.»

Grand, barbu et bâti comme une armoire à glace, le leader du groupe émergent Les Hôtesses d’Hilaire se transforme en bête de scène lorsqu’il se retrouve devant une foule.

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Costumes, humour, jurons et histoires à dormir debout. Tout y passe. La plupart du temps, il se retrouve torse nu avant la fin du spectacle. C’est un peu la marque de commerce de cet artiste extraverti.

Ce qui est moins connu, c’est que Serge Brideau est travailleur paramédical depuis l’an 2000. Lorsqu’il n’est pas en studio et qu’il ne foule pas les planches des salles de spectacle, il sauve des vies.

Vendredi, il a remis sa démission. C’en est fini de la double vie. Son groupe de musique se porte bien. De plus, son temps à secourir des gens a laissé des traces. Il veut simplement passer à autre chose.

En interview avec l’Acadie Nouvelle, il vide son sac et fait un vibrant plaidoyer pour que la santé mentale soit prise plus au sérieux par son ancien employeur.

«Je veux lancer un dialogue et briser le stigmatisme. (...) J’espère qu’il y aura vraiment un changement d’attitude», dit-il.

Ces dernières années, des ambulanciers qu’il a côtoyés se sont enlevé la vie. D’autres ont tenté de le faire, sans succès.

À la fin de 2015, lors des funérailles d’un ami et ancien collègue qui s’était suicidé, des ambulanciers l’ont approché pour l’encourager à faire une sortie publique pour combattre la stigmatisation des troubles mentaux chez les travailleurs paramédicaux. Il explique prendre la parole pour ceux qui ne peuvent pas le faire.

«Ce n’est pas facile si tu as des enfants, des paiements de char, des paiements de maison. Il y a beaucoup de raisons pour lesquelles tu restes pris dans une job. Et puis je comprends. Moi, je peux le faire. Moi, je claque la porte… Je m’en vais. Je peux. Mais ce n’est pas tout le monde qui peut le faire.»

Cette stigmatisation, il dit l’avoir vécue il y a environ deux ans lorsqu’il a approché ses patrons avec une demande. Il était suivi par une thérapeute pour l’aider à relever certains défis. Il buvait trop, entre autres.

«J’avais des problèmes. Je voyais une thérapeute et je voulais aller plus loin làdedans. Ce n’est pas une cachette, il y a beaucoup d’ambulanciers et de musiciens aussi qui consomment beaucoup d’alcool, qui ont des problèmes d’alcool.»

Le problème, c’est qu’il avait épuisé la couverture de son assurance de la Croix Bleue et souhaitait qu’Ambulance NB lui donne un coup de main financier pour défrayer les coûts des rendez-vous chez sa thérapeute.

«Je me suis ouvert un peu. J’ai demandé si je pouvais avoir plus d’aide. Le résultat, c’est qu’ils voulaient me faire signer des conditions, j’étais obligé d’aller aux AA (Alcooliques anonymes), il y avait d’autres conditions, j’allais être sous supervision.»

Il dit avoir refusé sans détour de signer quoi que ce soit et d’avoir plaidé sa cause en parlant de la qualité de son travail, que sa conduite n’avait jamais été remise en cause et en expliquant qu’il voulait simplement être épaulé, pas puni ou surveillé.

«Je me suis ouvert à eux pour mes problèmes personnels et le résultat était presque de me ridiculiser», confie-t-il.

Aujourd’hui, il se dit chanceux de mettre un terme à une carrière de 15 ans comme ambulancier sans souffrir de problèmes aigus, tels que le syndrome de stress post-traumatique.

«Je ne pense pas (que je sois touché), parce que j’ai regardé les signes et symptômes. Mais au cours de ma carrière, j’ai perdu des nuits de sommeil et j’ai vu des choses extrêmement difficiles.»

Serge Brideau assure que certains de ses anciens collègues sont dans un bien pire état que lui.

Maintenant que sa carrière de travailleur paramédical est une chose du passé, il espère que les choses changeront. Il souhaite que l’arrivée d’un nouveau PDG chez Ambulance NB, à la fin de 2014, amène un vent nouveau.

«Je sens qu’il y a une volonté de changement. Mais ça reste à voir», dit-il.

L’Acadie Nouvelle a contacté Ambulance NB, vendredi avant-midi, afin d’avoir des réactions à la sortie publique de Serge Brideau et de savoir ce qui est offert aux employés en matière d’appui à la santé mentale.

Une relationniste nous a répondu qu’«ANB ne discute pas de cas concernant des employés individuels pour des raisons de confidentialité».

Elle nous a fait parvenir une déclaration écrite du directeur des opérations, Yvon Bourque, au sujet des programmes de santé mentale offerts par ANB.

«Nous savons que nos employés n’ont pas la tâche facile et qu’ils ont besoin de ressources à l’appui de leur bien-être mental et émotionnel. Nous travaillons afin de répondre à leurs besoins en faisant de la santé mentale une composante clé de notre stratégie globale d’engagement des employés», peut-on y lire.

Yvon Bourque indique qu’un programme de gestion du stress à la suite d’incidents critiques est offert. Il poursuit que le Programme d’aide aux employés et à leur famille a été «élargi».

«Nous avons aussi organisé des séances en personne pour nos employés de première ligne afin de leur faire part des façons dont ils peuvent obtenir accès à des ressources et gérer le stress au travail et à la maison. Nous allons continuer d’organiser de telles séances et nous les agrandirons afin d’inclure des initiatives visant les membres de la famille.»

Nous avons aussi contacté la présidente du Syndicat des travailleurs paramédicaux du Nouveau-Brunswick. Notre demande d’interview n’a pas porté ses fruits.